LA BOUTANCHE DU MOIS par Henry Clemens

CHÂTEAU DOYAC CRU BOURGEOIS HAUT-MÉDOC 2016

On y retourne dans cette zone si peu encline, par ailleurs, à pouvoir revendiquer une approche viticole vertueuse ou éthique.
Se souvenir pour cela des Raisins de la misère ou encore des batailles d’Info Médoc Pesticides. Sinon un simple coup d’œil sur des vignes envisagées en monoculture vous convaincra du chemin qu’il reste à parcourir sur ces terres rêches et arides où les chauve-souris errent désespérément à la recherche d’un arbre, d’une plante refuge autre que la vigne.

Du chemin, il faut encore en parcourir sur la D1215, puis la D4, avant de vous garer sur le plateau calcaire de Doyac devant la jolie mais modeste façade du château du même nom. D’ici, pas de vue sur l’estuaire mais il faut croire qu’on en mesure quotidiennement les bénéfices adoucissants par temps de gel et de froid mordant. Alors que le temps des vendanges bat son plein, qu’on remplit les premières cuves de jolies grappes de merlot, Astrid et Max de Pourtalès ne se départent à aucun moment d’un sourire chaleureux de bienvenue.


Les deux personnes qui s’avancent vers vous ne s’attardent pas sur les formes et esquivent les longues présentations pour vous embarquer ex abrupto dans leur ronde vitivinicole parfaite. On sait où on va, sans circonvolution et palabre. La figure parfaitement aimable de Max de Pourtalès – sorte d’Olivier Gourmet joyeux –, un temps banquier passé par la Deutsche Bank, s’anime à maintes reprises. Il faut dire que l’homme aux multiples passions – modélisme, pizza, polo, surf – redécouvre un métier qui, laisse entendre Astrid de Pourtalès, qui l’accompagne depuis le début, manquait de le lasser au bout de vingt années entre vignes et chais.

Un renouveau salvateur entamé avec une conversion en bio et en biodynamie de l’ensemble des trente hectares du vignoble dès 2016, avec la rencontre encore de Nicolas Jamin, consultant en viticulture bio et biodynamique. Une prise en compte des cycles naturels et des sols remobilisait l’homme autour d’objectifs agricoles contenant, nous le savons désormais, une approche viticole logiquement holistique. L’apprentissage de ce métier-là est un processus au long cours, nous dit le propriétaire du château. Le millésime 2019 portera la mention biodynamie et comme l’indique fièrement la brochure, le Château Doyac pourra se targuer d’être le premier Cru Bourgeois certifié Demeter ! Un pied de nez à l’institution bourgeoise qui accorde au label AB moins de crédit qu’à la certification HVE2, vilain pis-aller.

Il semblerait que l’acheteur de chez Delhaize se grise à l’idée de cette belle conversion. Le millésime 2016, dominé par le merlot, offre une palette aromatique riche à souhait, où surflottent les notes délicatement vanillées. Il faut croire qu’il est le premier millésime portant les indicateurs du changement agricole tant il offre de limpidité et de profondeur. En bouche, on retrouve un peu de poudre de cacao et des fruits purs. On y retournera, Max promettait une pizza avec vue sur les vignes, et Clémence, fille œnologue, un premier blanc sec partiellement vinifié en amphore.

1. Éditions du Rouergue, 2018.

Château Doyac

33180 Saint-Seurin-de-Cadourne

www.chateaudoyac.fr

Prix de vente public : 14,50 € TTC
Lieu de vente : Château Doyac,
Sites : lesgrappes.com et chais-online.com